320. Nous devons défendre le podcast face à l’appétit des plateformes

#1

Le billet source : https://votrecoachweb.com/320-podcast-defendre-plateforme/

Il faut défendre le podcast. La facilité et la liberté d’écoute et de production sont menacées par l’appétit des plateformes. Elles rêvent d’enfermer le podcast dans leurs applications pour leur propre bénéfice.

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#2

Réflexion intéressante, quelques avis à chaud de mon côté (oui je pars dans les graviers, beaucoup de choses à dire).

Je pense que si on devait voir un modèle d’affaires émerger à la Netflix pour les podcasts, on perdrait par cet intermédiaire qu’est Spotify (à voir comme un maillon dans la chaîne de distribution alimentaire) de la proximité directe avec l’écosystème qui s’est construit autour des communautés (streetcast, etc…). En gros on fonctionne un peu moins en “circuit court”, j’y vois quelques conséquences :

  • Le pouvoir de la recommandation fait sur d’autres émissions et qui correspond à la philosophie de base du podcast : on donne la liberté à chacun d’aller plus loin, de découvrir d’autres émissions, d’autres sources recommandées. Si tout est basé sur un algo qui me dit, va voir tel podcast selon tes centres d’intérêt, plutôt que d’aller chercher soi-même dans les catégories d’un catalogue ou sur recommandation, on perd je trouve ce côté essai/erreur où on fait le tri soi-même sur le contenu que l’on souhaite écouter. A quelque part, c’est un biais je trouve, et j’ai l’impression qu’on uniformise les goûts avec une dose de ciblage selon les intérêts de chacun, mais rien ne dit qu’on ne passe pas à côté d’un podcast qu’on aurait trouvé vachement sympa !

  • J’ai un peu peur du coup qu’on tombe sur le syndrome de YouTube avec son algo (un peu une boîte de pandore) où l’on cherche “la bonne recette” pour de l’audience plutôt que d’avoir une communauté petite, mais plus engagée. Actuellement, il n’y a pas de rémunération viable dans le monde du podcast, seul Patrick Beja en vit côté francophone. Pour autant je me questionne sur le fait que la visibilité apportée par Spotify suffise à apporter une rémunération viable à long terme.

  • On perd le côté un peu connaisseur, où il ne faut pas y voir un côté péjoratif. Simplement, la barrière à l’entrée qui consiste à devoir en tant que consommateur installer une application dédiée, comprendre comment ça marche en gros et aller chercher le contenu fait que le podcast a toujours correspondu à une certaine partie de la population. Ce qui fait qu’on a une meilleure fidélité des auditeurs en général, et comme beaucoup je trouve qu’il en ressort une plus grande bienveillance. Je partage l’avis de ce qui s’est dit sur un épisode du RDV Tech récent : la toxicité est moins forte sur les communautés de podcast en général en partie à cause de ces barrières à l’entrée.

/Spoiler alerte : ce qui va suivre reste mon avis perso
C’est encore un peu plus élitiste à partir du moment où une minorité de l’audience choisit de faire du financement participatif pour soutenir un créateur, là on est dans un groupe plus fermé qui sait combien il donne, pour quel usage (en tout cas on en a une idée plus ou moins précise, etc.
Pour revenir à Spotify, au bénéfice de payer moins pour accéder à plus de contenu exclusif, on perd le côté transparent de savoir à quelle hauteur on contribue pour un créateur. J’ai l’impression qu’on s’éloigne de la philosophie de base encore, et qu’on cherche plus le rapport qualité/prix plutôt que de garder une certaine liberté dans les choix faits.

Je me demande si à terme, on aurait pas d’un côté une communauté de podcast masse-audience, versus une communauté “d’artisans” : qui valorise une communication plus classique et le financement participatif (à l’image de ce qu’on a sur YouTube).

Dans tous les cas je suis d’accord qu’il y a une double responsabilité du côté de ceux qui veulent que ça continue dans la vision actuelle autant côté auditeur que créateur.

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#3

Bonjour,
C’est amusant ce podcast à ce sujet, pour moi il y a un côté coïncidence étonnant. il y a une dizaine de jours j’avais envie de m’abonner à un nouveau magazine papier car le contenu éditorial me paraît super intéressant, Seulement je me rends à l’evidence, il y a bien trop de papiers chez moi et je prends rarement le temps de lire un magazine, alors je me dit si ça se trouve comme c’est un magazine qui se lance ils vont me proposer un abonnement pour une version audio. Que nenni, ça n’existe pas ! En France, du moins.
Par contre autant je suis prête à payer un abonnement pour podcast dont je suis certaine du contenu autant je n’ai pas envie de payer un abonnement global pour un vague ensemble de podcast, pour ça le modèle de spotify ne me conviendrait pas. Je crois qu’il y a une relation émotionnelle différente entre ce que l’on écoute comme contenu éditorial et ce que l’on peut écouter comme musique ou regarder comme série. Je pense qu’audible peut avoir un modèle économique qui correspond mieux car il permettent de payer à l’unité aussi.
En fait je vois plus un système qui mixerait patreon et Magellan ou boxson. Pour ma part j’ai un abonnement prime sur Amazon qui me permet d’ecouter pas mal de choses et si j’ai vraiment envie d’ecouter un album qui se trouve sur l’offre unlimited, ben je l’achète. Une sorte de modèle freemium. Voilà voilà mes premières réflexions sur ce sujet passionnant, tellement stratégique et visiblement de totale actualité. Bon week-end !

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#4

En fait, c’est la facilité qui fait que certains “écouteurs” se tournent vers une plateforme d’écoute plutôt que de faire le “travail” par eux mêmes … Parfois, on me pose une question sur un domaine que je ne connais pas, pour répondre je dois fare des recherches et quand je donne les réponses, on me dit " comment tu as fait pour trouver ?" … alors qu’en utilisant correctement un moteur de recherche on a vite accès aux informations …
Pour les podcast, c’est pareil … un bouton “s’abonner” permet de s’abonner plus rapidement que 3 manoeuvres à établir !

Après, pour le débat gratuit/payant, il en faut pour tout le monde … avec Patreon, tu proposes une version “payante” du podcast, est ce mal ou un bien ? Je pense que tout “travail” mérite salaire et vu ce que tu proposes, c’est normal que tu sois rémunéré …
Pour l’anecdote, il y a quelques années, un groupe a gagné énormément d’argent sur Spotify en proposant du vide… le morceau musical était “silencieux” … et ils ont gagné énormément sans avoir proposé un contenu… :wink:
Plus récemment, https://www.journaldugeek.com/2018/02/27/spotify-de-fausses-playlists-de-veritables-revenus/

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#5

Je réponds à cet ancien podcast qui m’avait éclairé et intéressé. J’aimerai dans ce cadre de réflexion, recevoir un avis non pas sur ces “grosses plateformes” mais sur ce qui m’apparait, dans le monde du podcast, comme une nébuleuse : Binge audio, Nouvelles écoutes, Podcut, podcastéo, tootak, bientôt Majelan … le podcast autonome et indépendant peut-il s’en passer pour évoluer ? Ton éclairage et avis m’intéresse (et ceux des autres aussi).

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#6

Bonjour et bienvenu @fbessonnet.

Alors je crois que le terme “nébuleuse” est bien choisi. Pour certains, on est effectivement dans des réseaux de podcasteurs, producteurs, journalistes… bref un certain nombre de personnes issues des médias qui montent des studios et labels pour produire du podcast. Ils cherchent un lieu d’expression mais surtout à avoir plus de liberté et budget que dans les radios. Ils tentent aussi de préempter le monde du podcast.

Ce n’est pas vraiment étonnant car c’est vraiment ainsi que fonctionnent les journalistes. Beaucoup de réseaux. Ils s’entraident beaucoup. C’est amusant de constater par exemple que Telerama fait très souvent des articles sur ces studios de production de podcast, les interroge et cite rarement ce qu’il y a autour quand pour des articles sur le podcast en général.

A côté d’autres réseaux se montent et là aussi le but est de s’entraider. C’est comme ça que je vois Podcasteo notamment. Pour moi Majelan sera un peu différent mais je pense que l’on retrouvera dedans les studios et labels. De même qu’on le trouve déjà dans les podcasts Audible.

Je suis beaucoup le monde Mac/Apple anglophone et ils ont réussi à constituer un réseau de blogs/podcasts très intéressants. Ils travaillent ensemble, interagissent ensemble, ont des plateformes très spécialisées et je pense une audience assez commune. Mais chacun est dans sa thématique propre.

Ce fonctionnement en réseau est logique et cohérent. Je pense que les “artisans du podcast” devraient réfléchir à faire de même. Je réfléchis par exemple à cette logique en complément de mon podcast. Je vois aussi des initiatives par ailleurs dans d’autres domaines.

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#7

Merci pour cette réponse éclairante.